Publié le 17 octobre 2026
Au pied de la forteresse de Salses, une résurgence discrète cache l'une des cavités noyées les plus profondes du monde. Cousteau et Tazieff y sont passés en 1951, les records de plongée souterraine y ont dépassé 300 mètres.
Quand on roule vers Salses-le-Château, on voit d'abord la forteresse, puis l'étang, puis les premières collines calcaires des Corbières. Rien n'indique qu'à quelques centaines de mètres de là, une source sans éclat apparent descend à plus de 300 mètres sous terre. Font Estramar fait partie de ces lieux dont on entend parler sans pouvoir les voir, et son histoire mérite qu'on s'y arrête.
Une résurgence karstique au pied des Corbières
Font Estramar est une résurgence : l'endroit où ressortent les eaux de pluie qui se sont infiltrées dans le calcaire des Corbières. Pendant des milliers d'années, cette eau a creusé des galeries et des puits. La source rejoint ensuite l'étang de Salses-Leucate, avec sa voisine Font Dame. En surface, on ne voit qu'un bassin d'eau claire. En dessous, un puits noyé plonge à la verticale, bien plus bas que le niveau de la mer.
C'est cette profondeur qui en a fait un terrain d'exploration à part. La complexité des galeries et la profondeur ont toujours exigé des plongeurs très expérimentés.
1951 : Cousteau et Tazieff aux débuts de la plongée autonome
Les premières plongées connues datent de 1949. En 1951, Jacques-Yves Cousteau vient à son tour à Font Estramar, accompagné notamment du géologue et volcanologue Haroun Tazieff. Le scaphandre autonome, que Cousteau avait mis au point avec Émile Gagnan quelques années plus tôt, est alors encore une technique nouvelle. Les sources et les cavités noyées servent de terrain d'essai pour comprendre ce que l'on peut faire avec ce matériel, et jusqu'où l'on peut aller.
À l'époque, on ne dépasse pas quelques dizaines de mètres. En 1955, les plongeurs atteignent environ 50 mètres, ce qui est déjà considérable avec l'équipement disponible. Le reste du puits reste inconnu pendant des années.
Des records du monde de plongée souterraine
À partir des années 1970, chaque génération de plongeurs descend plus bas. Claude Touloumdjian atteint 90 mètres. En 1997, Cyrille Brandt passe à 164 mètres, puis Pascal Bernabé atteint 184 mètres en 2006. Xavier Méniscus prend ensuite le relais : 248 mètres en 2013, 262 mètres en 2015, 286 mètres en 2019.
En 2023, Frédéric Swierczynski atteint 308 mètres. Quelques mois plus tard, en 2024, Xavier Méniscus descend à 312 mètres et établit le record du monde de profondeur en plongée souterraine. Ces plongées durent des heures, l'essentiel du temps étant consacré aux paliers de décompression pendant la remontée, et mobilisent des équipes entières en surface et sous l'eau.
Peut-on visiter Font Estramar ?
Non, et c'est important de le savoir avant de faire le détour. Le gouffre se trouve sur une propriété privée, et l'accès est interdit sans l'accord du propriétaire. La plongée y est réservée aux équipes autorisées. Il n'y a ni belvédère ni panneau d'interprétation au bord du gouffre.
Vous pouvez en revanche passer une belle journée autour. La forteresse de Salses se visite toute l'année et raconte une autre histoire, celle de la frontière entre la France et l'Espagne. Les bords de l'étang de Salses-Leucate se prêtent à la marche et à l'observation des oiseaux, et les caves de Salses et de Fitou sont toutes proches.
Y aller en van depuis Perpignan
Salses-le-Château est à une vingtaine de minutes au nord de Perpignan, par la D900 ou l'autoroute A9. Le parking de la forteresse accueille facilement un van de 2 mètres de haut. Pour la nuit, cherchez une aire de camping-car ou un camping vers Salses, Le Barcarès ou Leucate, et respectez les interdictions de stationnement nocturne, fréquentes sur le littoral.
Font Estramar est le point de départ de notre itinéraire vers les châteaux du pays cathare : Tautavel, Quéribus, Peyrepertuse et les gorges de Galamus en six jours, à votre rythme.
Photo : Swisscoucou · CC BY 3.0 · Wikimedia Commons
